Dailog, compositeur d’OST, revient sur son parcours et son EP “Cantabile” lors de son passage à Paris, entre cinéma musical et émotions du quotidien.
On parle souvent de K-pop lorsqu’il est question de musique coréenne, et de K-dramas pour les séries. Entre les deux existe pourtant un univers essentiel mais souvent discret : celui des OST, ces bandes originales qui accompagnent les scènes et prolongent les émotions bien après le générique de fin.
Dailog, un nom encore discret pour le grand public mais déjà incontournable dans cet univers, a participé à plusieurs bandes originales de dramas emblématiques comme Hospital Playlist, Yumi’s Cells, Tale of the Nine Tailed, ou plus récemment Can This Love Be Translated?.
Mais derrière les histoires des autres, Dailog construit progressivement la sienne. Son nom de scène, contraction de “Daily” et “Log”, résume parfaitement son approche artistique : transformer les fragments du quotidien en musique. Une philosophie qui traverse l’ensemble de son œuvre.
“Les petits moments du quotidien finissent par former une vie entière. Je veux exprimer mes pensées et mes émotions à travers la musique, comme si je me confiais à un ami proche.”
Après “basecamp” en 2025, un EP conçu comme une journée d’été découpée en différents instants, Dailog poursuit cette démarche avec “Cantabile”, sorti le 15 mai 2026, qui prend la forme d’une véritable comédie romantique musicale.


À l’occasion de cette nouvelle étape dans sa carrière, Kpop in Paris est allé à la rencontre de Dailog lors de son passage à Paris pour parler composition, émotions, inspirations et de cette façon unique qu’il a de raconter des histoires à travers la musique.
Paris, romantisme et premières impressions
Kpop in Paris : Bonjour Dailog, étais-tu déjà venu à Paris auparavant ? Qu’as-tu pensé de ton séjour ?
Dailog : J’étais déjà venu à Paris il y a environ dix ans. J’étais beaucoup plus jeune et le voyage avait été très court, donc je n’avais pas vraiment eu le temps de découvrir la ville. Cette fois-ci, je suis resté environ une semaine. J’ai rencontré beaucoup de personnes et j’ai pu profiter de la ville. Paris m’a semblé détendu et romantique. Peut-être est-ce lié à la manière dont les gens cherchent à profiter pleinement de la vie et à poursuivre la beauté dans leur quotidien. J’ai enfin compris pourquoi tant de grands artistes y sont nés.

Derrière les chansons : composer des images et des émotions
KIP : Que ce soit avec “basecamp” ou “Cantabile”, chaque morceau semble accompagner des scènes très précises. Les images influencent-elles ta manière d’écrire la musique ?
Dailog : Oui. Pour moi, une bonne musique est une musique qui fait naître des images dans l’esprit. Vous savez, ces chansons qui transforment instantanément le paysage devant vos yeux en un film dès qu’elles commencent à jouer ? J’aime énormément ce genre de musique, et je serais très heureux si celle que je crée pouvait jouer ce rôle pour quelqu’un.
KIP : Le fait de travailler sur des OST a-t-il changé ta manière de raconter des histoires dans tes projets personnels ?
Dailog : Oui, bien sûr. L’aspect cinématographique et narratif des OST sur lesquels j’ai travaillé influence naturellement ma musique. Quand j’écris, j’imagine souvent un film fictif. Aujourd’hui, c’est devenu plus naturel que de composer sans image.
KIP : As-tu besoin d’un environnement particulier pour créer ?
Dailog : Pour moi, il est important d’avoir un environnement plutôt ouvert et une lumière chaude. Je n’arrive pas vraiment à créer dans des espaces trop fermés ou étroits. J’ai aussi du mal à me concentrer sous des lumières fluorescentes très fortes, donc même si ma chambre n’est pas très grande, je vis avec quatre lampes d’ambiance allumées.
Composer dans l’univers de la K-pop
KIP : Les artistes K-pop ont souvent des directions créatives très précises. Comment trouves-tu l’équilibre entre ces attentes et ta liberté créative en tant que compositeur ?
Dailog : En tant que musicien professionnel, lorsque je collabore avec d’autres personnes, j’essaie de ne pas voir ces directions et attentes comme des limites, mais plutôt comme des lignes directrices créatives. Je pense qu’une meilleure créativité peut naître de situations limitées. Donc, même si je garde toujours le concept global du projet en tête, j’essaie de rester aussi libre que possible pendant le processus créatif lui-même. Honnêtement, quand j’essaie trop de correspondre parfaitement à toutes les attentes, l’écriture devient plus difficile.
KIP : Tu as collaboré avec des artistes comme Joy et Wendy de Red Velvet, DK de Seventeen ou encore Shownu de Monsta X. Y a-t-il une collaboration qui t’a particulièrement marquée ?
Dailog : Je savais déjà que DK de Seventeen était un chanteur incroyable, mais l’entendre en vrai était honnêtement surprenant. La session d’enregistrement était extrêmement fluide. Voir quelqu’un qui est aussi charismatique avoir d’excellentes capacités vocales et une si bonne personnalité, je me suis dit : “Waouh, il a vraiment tout !” Ce qui m’a particulièrement impressionné, c’est l’attention qu’il portait aux détails émotionnels pendant l’enregistrement. Son attitude m’a incité à me surpasser.
“L’histoire d’amour d’un compositeur”
KIP : Avec Cantabile, on a l’impression que ton univers est devenu encore plus romantique et cinématographique. Comment décrirais-tu l’évolution entre “basecamp” et ce nouvel EP ?
Dailog : Cet album est né d’une réflexion plus profonde sur mon identité en tant qu’artiste. Une grande partie de ma carrière s’est construite à travers la composition d’OST, donc il est devenu difficile pour moi de séparer cette facette de ma musique. Avec “Cantabile”, j’ai voulu combiner ce parcours avec ma propre couleur musicale, en me concentrant davantage sur des relations personnelles vécues.
Si “Cantabile” s’écoute comme une comédie romantique musicale, chaque morceau possède également sa propre histoire. Nous avons proposé à Dailog de revenir sur chacun des titres de l’EP afin de mieux comprendre les images, les émotions et les intentions qui s’y cachent.
Cantabile, piste par piste
KIP : Dans ‘First Phrase’, il y a quelque chose de très innocent, presque adolescent. Était-il important pour toi de retrouver cette spontanéité émotionnelle ?
Dailog : Je voulais que ‘First Phrase’ soit amusante. Plutôt que d’ouvrir l’album avec quelque chose de trop profond, je voulais commencer avec une atmosphère légère et excitante. C’est pour ça que j’ai expérimenté en ajoutant des éléments de jeu d’acteur plutôt qu’un chant plus traditionnel. C’était la première fois que j’essayais quelque chose comme ça, mais c’était vraiment très amusant.
KIP : La chanson ‘The Bell’ s’ouvre sur un son de cloches, tandis que la mention de “cloches” n’apparaît qu’à la toute fin du morceau. Avec cette symbolique des cloches, qu’est-ce qui est venu en premier dans ton processus créatif : le titre et l’écriture autour de cette image, ou l’idée sonore et la composition elle-même ?
Dailog : Je pensais vaguement à l’envie d’écrire une chanson sur une relation chaleureuse et aimante tout en écoutant différents samples, et par hasard, j’ai entendu un son de cloches au cours du processus. À cet instant précis, j’ai eu l’impression que le son des cloches, les paroles et tout le concept de la chanson se reliaient d’un seul coup, presque comme une promesse. Grâce à ça, j’ai rapidement pu esquisser les paroles et la mélodie autour de ces cloches. Ces moments où le son, les paroles et la mélodie se connectent naturellement pour former une chanson comptent parmi les plus agréables pour moi en tant que compositeur.
KIP : ‘melody’ semble être l’un des morceaux centraux du projet et a même son propre MV. Pourquoi cette chanson est-elle devenue si importante dans la construction de l’album ?
Dailog : Si je devais décrire cet album en une phrase, ce serait “l’histoire d’amour d’un compositeur”. ‘melody’ est la chanson qui a été la source d’inspiration pour la conception de tout cet album. Elle traduit, à mes yeux, ce que signifie aimer quelqu’un en tant que compositeur, mais aussi en tant qu’auteur et interprète. C’est comme une essence condensée des choses les plus importantes pour moi — la musique et l’amour — réunies en une seule chanson.
KIP : Dans beaucoup de comédies romantiques, les moments importants sont souvent de grandes déclarations ou des moments très scénarisés. Dans ‘Rom-com’, ce sont au contraire les maladresses et les imprévus du quotidien qui deviennent romantiques. Pourquoi avoir choisi cette approche ?
Dailog : Je pense que ça reflète simplement le genre de personne que je suis. J’accorde plus d’importance au bonheur trouvé dans le processus qu’au résultat lui-même, et je veux me sentir heureux non pas grâce à une situation parfaite, mais grâce à la personne avec qui je la partage. Même si vous faites un pique-nique et qu’il se met soudain à pleuvoir à verse, si vous êtes avec quelqu’un que vous aimez, vous pouvez tout de même vous sentir heureux. Bon… peut-être pas pour tout le monde, mais c’est comme ça que je le ressens (rires).
KIP : Cantabile parle beaucoup d’amour, mais très peu de véritables conflits. Même l’anxiété présente dans ‘come closer’ reste extrêmement douce. Voulais-tu intentionnellement préserver une certaine douceur émotionnelle tout au long du projet ?
Dailog : Je voulais que cet album soit globalement chaleureux. Peut-être parce que nous vivons déjà dans un monde rempli de contenus et de musiques trop stimulants et excessifs, donc je voulais que la musique que je crée soit plus douce et plus confortable. Je voulais aussi faire un album que je pourrais moi-même réécouter des années plus tard sans ressentir de lourdeur.
KIP : L’EP se conclut avec ‘Perfect Day’, une chanson qui donne l’impression que le bonheur réside dans l’instant présent, sans chercher quelque chose de plus grand. Est-ce là le message final de “Cantabile” ?
Dailog : Vous avez mieux expliqué mon album que je n’aurais pu le faire moi-même ! (rires) Le dernier morceau est comme une photographie musicale où ce qui compte le plus est l’amour. J’espère que cet album aidera ceux qui l’écoutent à trouver davantage de bonheur dans leur vie quotidienne.
KIP : Quel est ton morceau préféré sur “Cantabile”, et pourquoi ?
Dailog : Mon morceau préféré est ‘come closer’. C’est en réalité la toute dernière chanson que j’ai écrite pour l’album, mais j’aime beaucoup son côté détendu et relâché. Il y a quelque chose d’attachant dans cette sensation de simplicité, comme si tout n’était pas trop parfaitement structuré. C’est un sentiment que j’aime.
KIP : Quelle émotion aimerais-tu laisser aux auditeurs après avoir écouté l’EP du début à la fin ?
Dailog : Peut-être la découverte de petits bonheurs cachés dans le quotidien.

La suite pour Dailog
KIP : Si tu pouvais composer l’OST de n’importe quel film ou K-drama, lequel choisirais-tu ?
Dailog : C’est une question difficile… mais je pense que j’aimerais composer l’OST d’une histoire centrée sur la vie amoureuse d’étudiants maladroits au début de leur vingtaine.
KIP : Y a-t-il une émotion que tu aimerais traduire en musique et que tu estimes ne pas avoir encore explorée ?
Dailog : Ces derniers temps, je pense à la colère ou à une atmosphère plus sensuelle.
KIP : Quel type d’artiste aimerais-tu devenir dans les années à venir ?
Dailog : J’aimerais devenir un artiste semblable à la lumière du soleil à 6 heures du matin : une lumière qui s’infiltre naturellement dans votre journée. Je pense que je serais heureux de devenir un musicien qui crée et chante une musique que les gens ont envie d’écouter chaque jour, sans qu’elle ne paraisse jamais difficile ou pesante.
KIP : As-tu un dernier message pour nos lecteurs ?
Dailog : Et si vous alliez faire une promenade ce soir à 19h30 en écoutant l’EP “Cantabile” de Dailog ? (rires)
Habitué à accompagner les histoires des autres, Dailog semble désormais écrire la sienne avec une assurance grandissante. À travers “Cantabile”, il signe une œuvre lumineuse où les grandes déclarations laissent place aux petits instants du quotidien.
Une philosophie qui résume parfaitement son identité artistique : trouver de la beauté dans les détails les plus simples et transformer ces fragments de vie en musique.
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