Après les créatures fantastiques de « Where Does Sasquatch Live? » et l’univers vampirique de « A BLOODSUCKER », Zior Park revient avec « F2026 », un nouvel EP aux sonorités électroniques.
Sorti le 26 août, le projet marque une nouvelle étape dans l’évolution de l’artiste. En cinq titres, il continue de transformer ses obsessions personnelles en univers, cette fois autour d’un sujet plus difficile à mettre en scène : son propre état mental.
Une musique mise en scène et des personnages spectaculaires
Entre hip-hop, R&B, rock et pop alternative, Zior Park crée, depuis ses débuts, une musique qui va au-delà de la chanson. L’artiste commence sa carrière en 2018 et sort son premier album « Thunderbird Motel » en 2020, avant de poursuivre avec « SYNDROMEZ » en 2021. Signé chez Beautiful Noise, il développe progressivement une approche très personnelle de la pop, qu’il décrit comme de la drama pop : des albums construits autour d’une narration, avec une musique volontairement théâtrale.
Cette identité prend véritablement forme avec « Where Does Sasquatch Live? », un projet en deux volets à l’esthétique théâtrale, aux personnages tout droit sortis d’un film et à la musique éclectique. Zior Park participe lui-même à la production de sa musique et à la réalisation de ses clips. Il revendique depuis longtemps l’importance de mêler musique, vidéo et mode dans la construction de son univers.



En 2025, « A BLOODSUCKER » introduit un nouveau personnage : le vampire. L’album s’inspire d’une véritable histoire d’amour, d’une rupture et des émotions qui l’accompagnent. Zior Park expliquait alors se reconnaître dans cette figure froide et distante, avant que le projet ne raconte peu à peu sa transformation. Il assume aussi une remise en question de son propre travail : il disait ne pas être entièrement satisfait du clip de la title track ‘TWISTED FANTASY’, qu’il trouvait trop proche de ce qu’il avait pu faire auparavant.
Une réflexion assez révélatrice pour un artiste dont l’identité repose autant sur ses images que sur ses chansons. Zior Park semble chercher, à chaque nouveau projet, la forme la plus juste pour traduire ce qu’il traverse, sans perdre ce qui fait sa singularité.
Avec « F2026 », il change une nouvelle fois de registre. Cette fois, plus besoin de créature fantastique : Zior Park se place lui-même au centre du projet. L’esthétique devient plus froide, électronique, presque robotique et son état mental devient le fil conducteur de l’EP.
Zior Park devient le sujet d’expérimentation
Avant même d’écouter la musique, « F2026 » annonce son point de départ. La présentation officielle de l’EP tient en une phrase : « Cet album est le témoignage de ma lutte en dansant au fil de l’année 2026, la pire année de ma vie. »

La pochette donne immédiatement une forme à cet état troublé. Dans une mise en scène qui reprend les codes d’une salle d’interrogatoire, Zior Park apparaît seul derrière une vitre. Ses différents visages, saisis dans le mouvement, donnent l’impression de plusieurs facettes de lui-même qui se superposent et se brouillent.
Dans cette pièce grise, froide et presque vide, la porte fermée accentue son isolement. Sur le mur, « F2026 » ressemble alors au marquage d’un cas d’étude.
Mais l’image introduit un dernier décalage : cette scène apparaît elle-même encadrée, comme une toile accrochée au mur. Ce qui ressemble d’abord à une vitre d’interrogatoire devient aussi un tableau, le souvenir figé d’un moment précis. Comme si Zior Park avait fini par transformer cette année qu’il dit avoir détestée en quelque chose qu’il pouvait regarder, mettre à distance et finalement exposer. Une manière, peut-être, de reprendre possession de ce qu’il a traversé en en faisant une œuvre.
Côté musique, « F2026 » marque un virage électro assumé. Les synthés prennent une place centrale, portés par des rythmiques programmées et des motifs répétitifs qui prolongent l’univers visuel du projet tout au long des cinq pistes.
Perte de signal et surmenage du système
Dès l’ouverture de l’EP, ‘Dead Channel’ nous plonge dans ce nouvel univers et dans les pensées de Zior Park. Il emprunte tout le vocabulaire de la transmission (fréquences, signal, parasites, canal) pour traduire une forme de déconnexion. Il cherche à recevoir une réponse, essaie encore d’envoyer un signal, sans parvenir à retrouver ce qu’il ressentait auparavant. Derrière cette image du canal mort se cache surtout le besoin de renouer avec l’extérieur.
Musicalement, cette idée fonctionne particulièrement bien avec la nouvelle direction du projet. Les synthés, les répétitions et la base techno du titre appuient cet isolement au cœur d’une société hyperconnectée. La technologie ne sert donc pas uniquement d’esthétique : elle donne un son à cette difficulté de communiquer et de ressentir.
Réalisé par Junyeop Lee, collaborateur régulier de Zior Park, le clip prolonge cette perte de signal en faisant constamment de l’artiste une silhouette isolée. Perdu dans l’immensité d’un désert rocheux ou enfermé dans un espace industriel rempli d’écrans éteints, il évolue entre deux formes de vide : un monde trop vaste pour lui répondre et une technologie devenue muette.
La prise de conscience du monde qui l’entoure se poursuit sur ‘Dumb’. Zior Park réalise qu’il n’est pas le seul à être perdu et que, derrière ceux qui semblent savoir où ils vont, se cache une grande part d’improvisation.
Le titre est interprété en duo avec ALICE U, également signée chez Beautiful Noise, qui coécrit le morceau avec lui. Déjà présente dans les chœurs de ‘Dead Channel’, elle prend ici une place plus importante. Sa voix donne presque corps à cette découverte de l’autre : Zior Park n’est pas seul au sens littéral, mais enfermé dans un sentiment d’isolement qu’il découvre finalement partagé.
Se sentir isolé, c’est aussi se retrouver confronté à soi-même. Avec ‘ADHD’, Zior Park évoque des pensées qui s’enchaînent et fusent, comme remplies d’onglets ouverts. À peine une idée apparaît qu’une autre prend déjà sa place ; les tâches s’accumulent sans réellement s’achever.
Le morceau joue directement avec la dispersion et la surcharge associées au trouble de l’attention auquel renvoie son titre. La production suit le même mouvement, accumulant les stimuli comme si elle tentait de suivre le rythme de ses pensées. ALICE U réapparaît aux chœurs, ajoutant une dimension supplémentaire à cette sensation de plusieurs voix qui se superposent.
Sorti le 30 septembre et réalisé une nouvelle fois par Junyeop Lee, le clip de ‘ADHD’ transpose cette agitation dans une usine de bonbons qui rappelle l’univers de Willy Wonka.
Zior Park est d’abord aux commandes de cette production frénétique, jusqu’à ce qu’elle finisse par lui échapper. Peu à peu, il fond, dégouline et se retrouve littéralement réparti dans les oursons qu’il fabrique, avant que sa tête ne termine sous vide. L’image résume parfaitement le morceau : à force de vouloir suivre et contrôler toutes ses pensées, il finit par être pris au piège.
De Séoul au Mexique, la collaboration avec Sofish
Après trois titres dominés par la confusion et le trop-plein, ‘Angel’ apporte une respiration plus mélancolique. Zior Park quitte le vocabulaire des machines et des écrans pour regarder vers le ciel. Il cherche le visage d’une personne partie et voudrait pouvoir la ramener. Cette fois, le signal recherché n’est plus une fréquence mais une présence pour le sortir de son propre « enfer ».
L’artiste mexicaine, Sofish, lui répond en espagnol, incarnant la voix de cet ange. Elle explique avoir dû partir, avec ses propres raisons et ses craintes, malgré son désir de maintenir le lien. Sofish introduit une forme de réciprocité que Zior Park ne pouvait pas percevoir depuis son propre isolement.
Même si cette absence trouve une explication dans les paroles, l’image reste entièrement liée au point de vue de Zior Park. Le clip se concentre sur la première partie du morceau et sur la vision que l’artiste se fait de cet ange : une présence presque irréelle, à mi-chemin entre souvenir, manque et possibilité de retrouver un peu de lumière.
Les premières images de « F2026 » enfermaient davantage l’artiste dans son propre esprit, alors qu’avec ‘Angel’, il introduit l’idée d’une présence extérieure capable de l’en sortir.
La présence de Sofish fait aussi écho au lien que Zior Park entretient avec le Mexique depuis sa première venue en 2024. Marqué par l’accueil du public, il avait déjà intégré de l’espagnol à « A BLOODSUCKER » et évoqué son envie de collaborer avec un.e artiste local.e.
Avec ‘Angel’, cette envie se concrétise naturellement et prolonge encore la présence du Mexique dans « F2026 » : quelques mots espagnols apparaissent déjà sur ‘ADHD’, tandis que Zior Park porte même une veste adidas vintage du Mexique dans le clip.
Cette relation se poursuit sur scène : après plusieurs concerts complets à Mexico, Zior Park y revient les 3 et 4 octobre 2026 au Foro Puebla pour présenter « F2026 ».
Tout effacer pour mieux recommencer ?
Le dernier titre, ‘Neuralyzer’, fait directement référence à l’appareil de Men in Black capable d’effacer les souvenirs. Après avoir essayé de retrouver un signal, de comprendre ce qui l’entoure puis de suivre le flot de ses propres pensées, Zior Park semble finalement envisager une solution beaucoup plus radicale : oublier.
La réalité paraît si difficile à accepter que l’effacement de sa mémoire serait préférable. La référence à la série Severance pousse cette envie de coupure encore plus loin. En évoquant innie et outie, deux versions d’une même personne dont les souvenirs sont séparés, Zior Park imagine la possibilité de se diviser lui-même pour ne plus avoir à tout porter en même temps. L’idée n’est plus seulement d’effacer ce qui fait mal, mais de pouvoir s’échapper momentanément de soi.
L’EP ne se termine pas sur une guérison ou une réponse claire, mais sur le désir de faire taire ce qui continue de revenir. Après avoir passé cinq titres à chercher une sortie, Zior Park se retrouve finalement face à lui-même, faisant pleinement écho à la pochette du projet.
Faire de 2026 une œuvre
« F2026 » reste ainsi profondément introspectif, sans pour autant se refermer complètement sur son auteur. La perte de repères, le trop-plein de pensées, le besoin de l’autre ou l’envie de tout oublier partent d’une expérience très personnelle, mais peuvent facilement résonner au-delà de son propre vécu.
Zior Park ne cherche pas à tirer une leçon définitive de cette année qu’il décrit comme la pire de sa vie. L’EP s’inscrit dans une tendance électronique très présente aujourd’hui, tout en restant fidèle à son goût pour les récits, les personnages et les mises en scène très construites.
L’artiste confirme ainsi sa capacité à passer d’un style à l’autre sans perdre son identité. Le projet prend des risques, mais reste porté par une vraie conscience de ce qu’il veut raconter : l’isolement, la surcharge et la difficulté à communiquer. Un projet court, dense et cohérent, qui ouvre surtout une nouveau chapitre dans son expression artistique.
Et les sorties musicales de 2026 ne sont peut-être pas tout à fait terminées. En mars, Zior Park avait demandé à ses abonnés sur Instagram s’ils préféraient découvrir d’abord un single ou un EP. La majorité avait choisi l’EP. Maintenant que « F2026 » est sorti, difficile de ne pas se demander ce que cachait l’autre option.
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Crédits photo : Beautiful Noise