Sorti en juin, le nouvel album de GEMINI, Knight, impose un projet musical suivant un fil rouge profondément symbolique. Dès les premières secondes, l’album immerge l’auditeur dans une aventure. Avec Kpop In Paris nous vous proposons aujourd’hui une lecture pour expérimenter pleinement l’album.
L’imaginaire de Knight et l’image du deuil
Way Up démarre sur un fond sonore de conversations qui donne immédiatement l’impression d’une immersion. Cette entrée dans l’album nous accompagne dans ce projet pensé comme un chevalier en voyage, la traversée de la liminalité.
Le nom “Knight”, associé à la pochette représentant un cheval, installe immédiatement l’imaginaire du voyage. L’album repose sur des rythmes indie différents avec des motifs répétitifs grâce aux batteries qui rappellent le bruit des sabots d’un cheval. Cette impression revient d’un morceau à l’autre et participe à l’identité sonore de l’ensemble de l’album. Ces répétitions deviennent le moteur du voyage que l’on pourrait interpréter sous le prisme des étapes du deuil.
Le point de départ, de la rupture au déni
L’album s’ouvre sur Way Up, la production ressemble à de la pop-rock acoustique avec des influences country. Les paroles parlent de liberté et d’évasion tout en rappelant qu’il reviendra dès qu’on a besoin de lui. Way Up met dans une ambiance de découverte et la transition avec Dress Up, est particulièrement réussie. Dress Up est plus axée R&B et rappelle l’univers initial de GEMINI qui a construit sa réputation. Les paroles idéalisent les nouvelles rencontres, le fait de bien s’habiller et de se rendre à une nouvelle destination.
En racontant cet engouement, le morceau dégage une énergie d’un nouveau rendez-vous amoureux, avec son clip possédant une esthétique volontairement simple et belle. Presque dans une ambiance des années 1990-2000, la réalisation privilégie les cadres esthétiques, les montages rythmés à base de lyrics qui prennent tout le cadre ou encore de chevaux qui apparaissent.
Entre ressentiment et évitement
Au fil de l’album, GEMINI explore différentes facettes émotionnelles et des relations. La chanson suivante, Hater, met en scène la culpabilité d’une relation perdue, du taxi qui s’éloigne, du mauvais timing ou encore de l’alcool. La piste suivante prolonge l’histoire, On and Off raconte les rencontres nocturnes en décrivant la proximité qui refuse pourtant tous sentiments « Skin touch with no love ». GEMINI chante le vide laissé après la rupture décrite dans Hater, que l’on cherche à combler avec des rencontres éphémères.
Du marchandage et de la tristesse
Après On and Off, la chanson I Go change d’ambiance. En featuring avec la voix féminine de YUJU, sa voix apporte la douceur qui contraste avec celle de GEMINI. Les tentatives de combler le manque de la relation passée avec des relations sans lendemain ne suffisent pas à oublier l’attachement persistant. L’histoire n’est plus celle de la fuite mais du retour. Ensemble, ils chantent la façon dont ils essayent de s’échapper, tout en y revenant fatalement. « I go… runnin’ back » revient en boucle, comme les pensées de quelqu’un qui n’arrive pas à en sortir. De la même façon, l’idée de spirale rappelle la structure de l’album comme si l’on essayait d’avancer sans réussir à quitter le passé.
I Go est suivie de AA (Alone Again) qui est sortie en single en mars dernier. Cette fois, il y évoque directement ses doutes « Should I stay or should I go? » et son épuisement « Tell somebody that I think I see the end ». La production y est très épurée, laissant toute la place à l’importance des paroles où l’émotion devient le moteur du morceau.
Dans la continuité, Love is Forever, sortie à la suite de AA (Alone Again) en avril, refuse encore d’accepter la séparation. Le clip est tourné principalement dans une voiture, GEMINI y est pensif et nostalgique. La vidéo renforce cette sensation de route sans destination, des souvenirs qui reviennent sans cesse ou des promesses impossibles à oublier. Love is Forever déconstruit la promesse de l’amour éternel dans cette aventure de deuil amoureux.
Un souffle et une résignation
L’interlude est dépourvu de paroles mais agit comme une respiration après la nostalgie et la tristesse qu’il a traversé. Cet interlude pourrait être interprété comme le moment où les mots ne suffisent plus mais les émotions restent. Il se ressent telle une suspension, le moment où le temps s’arrête avant les deux derniers chapitres.
Par ailleurs, No Sugar in My Coffee, sortie en mai, est une métaphore touchante exprimant comment le café sans sucre devient un quotidien terne et amer. La source du manque n’est autre que cette personne perdue : « Why did I lose you like a sugar? ». Le café est intégré au quotidien, le manque de sucre lorsqu’on y est habitué devient lui aussi banal, comme si la souffrance est devenue quotidienne elle-aussi.
« 도망치듯이 나
뒤돌아보지 못해 이제
돌아갈 수 없단 걸
이제는 너무 잘 알기에 »
Qui pourrait être traduit comme :
« Comme pour m’enfuir,
Je ne peux plus regarder en arrière maintenant.
Je sais bien trop maintenant
Qu’il est impossible de revenir en arrière. »
La chanson bascule vers la résignation, l’acceptation qu’il manque le sucre dans son café mais qu’il ne peut plus le retrouver.

Enfin, la dernière chanson Call My Name, reprend une production similaire à la première chanson de l’album Way Up, de la guitare acoustique aux influences country. Pour clôturer l’album, après avoir traversé le regret, la solitude, le manque ou encore la résignation, GEMINI regagne en confiance, il ne veut plus courir après cette personne mais il choisit d’attendre. Avec ses sonorités un peu indie et dreamy, il ne parle toujours pas d’un amour réciproque mais imagine que l’autre reviendra « I’ll be here when you start calling ». De plus, il exprime sa confiance en ce qu’il apportait à la relation et sait que le prochain ne pourra pas donner la même chose. La boucle n’est pas fermée, mais elle en devient transformée, il est comme résigné à ce que ça recommence.
La répétition : une rumination et un retour au départ
Les chansons dialoguent entre elles et prolongent chacune le récit amorcé par la précédente. La cohérence entre chacune d’entre elles montre un fil rouge. Prises individuellement, les chansons pourraient sembler parfois simples, or ensemble elles construisent une expérience immersive. Les thèmes reviennent sans cesse mais d’une façon différente à chaque fois, comme les processus de deuil.
Dans chacune des chansons GEMINI rumine les mêmes pensées. Il redit souvent les mêmes phrases, les mêmes passages, il chante à quel point il est difficile de s’en sortir.
Cette répétition notamment du mouvement est d’ailleurs une force, elle devient l’identité de l’album dans laquelle la destination n’est pas l’importance, mais plutôt c’est celle d’avancer. Il parle de taxis, de voitures, de courir, de partir ou encore de revenir, mais pourtant émotionnellement il n’arrive pas à s’en sortir, comme si tout le ramenait à cette personne. De cette façon, c’est l’enchaînement des musiques qui révèle toute la richesse de l’écriture et de la production.

Le chevalier en mouvement
GEMINI a construit un univers alternatif et cinématographique, où pop-rock, indie, country et R&B se rencontrent et produisent un ensemble cohérent. Le cheval de la pochette est esthétique mais il semble aussi traverser la production. Il devient ainsi le symbole de ce voyage et ce mouvement.
D’une certaine façon, l’album entier prend la forme et le fonctionnement du deuil, sans s’arrêter à simplement le chanter.
La liminalité désigne cet entre deux flottant, c’est cet espace que GEMINI semble explorer tout au long de l’album. Knight est donc le chevalier qui continue d’avancer même lorsque c’est difficile et que les émotions tournent en boucle. Tout semble avancer, alors que le cœur, lui, reste prisonnier du même souvenir.
Article par Ambre
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